Je l'ai connu sur IRC, chan Bakasab crée par Mathieu. Aucun souvenir de nos discussions de l'époque à part concernant sa mère et de sales histoires d'étranglement plus ou moins occultées...
La première fois que je l'ai vu, j'ai vu un visage marqué par des sourcils imposants et une tignasse aussi sale que mal coiffée : clairement ce mec ne prenait pas soin de lui, mais peu importe, il était incisif, questionnait tout et tout le monde, analysait énormément, tout et rien, à en devenir presque gonflant, mais ça, ça ne m'est peut-être pas apparu tout de suite.
J'arrêtais pas d'abréger, de couper mes longs discours en les ponctuant de "on s'en fout" pour aller au but (d'où venait mon pseudo IRCien), il avait rebondi sur ma façon de m'exprimer, amusé. Ca m'avait plu, je crois.
J'me souviens surtout de l'histoire de cette fille, un peu insipide, un peu naïve dont il venait de dire à son pote qu'il la trouvait très conne, elle : "qu'est-ce que vous dites ? - J'lui disais justement que je te trouvais très jolie", elle gênée/flattée, lui ravi de la faire passer pour encore plus conne qu'elle ne paraissait déjà. C'était sans imaginer une seule seconde qu'elle ait pu faire exprès d'y croire. Il ne concevait pas du tout que les gens dont il se foutait allègrement pouvaient facilement en rajouter et inverser la situation, ça m'avait étonné ce manque d'ouverture d'esprit.
Et donc, à l'époque, il était repoussant à tous points de vue : il avait redoublé je ne sais combien de fois et s'obstinait à vouloir passer un bac S bien que n'allant pas aux cours dont il prônait la caractéristique pyramidale (faut sans cesse bouffer des bases pour comprendre le reste) alors qu'il aurait été tout à fait capable de comprendre en s'y mettant, voire en nous laissant l'aider (il me semble que je lui avais proposé des cours en chimie : pas intéressé), ça faisait vraiment "je me fous de mon avenir, il est inexistant et ça me va comme ça", une attitude difficile à défendre.
Il était socialement appauvri, ne comprenant pas l'intérêt de se laver (pour éviter d'infliger sa mauvaise odeur aux autres dans les transports pour l'exemple).
Il vivait chez et aux crochets de son père qu'il semblait mépriser complètement, il prônait le vol (de manga) sans daigner comprendre où était le problème d'éthique, il paraissait d'ailleurs en manquer cruellement, il était en plein mimétisme avec Marilyn Manson, à porter une lentille de contact marron et ne semblait même pas s'en rendre compte. Il ne s'intéressait pas à grand chose, relisait les mêmes bouquins,... Complètement paumé, à se demander pourquoi il est désorienté sur ces quais de notre dame, qu'il connait pourtant par coeur, distrait par la lune orangée par un nuage (ce qu'il ne comprenait visiblement pas).
Et malgré tout, je l'appréciais. Peut-être parce que parler avec lui, bien que ç'ait été souvent les mêmes sujets qui revenaient (psychanalyses) ou les mêmes prises de tête qui s'annonçaient, était original quand même, ses points de vues complètement décalés et parfois vraiment limités (comme ne pas savoir imaginer une situation pouvant le rendre subitement riche ou à prendre M. pour une fille incapable de réfléchir par elle-même) m'apportaient quand même une certaine tolérance, plus grande.
Je venais de passer quelques 72h sans dormir, j'en pouvais plus, et il avait tout de même insisté pour que je reste bouffer avec lui dans le métro, je ne sais même plus comment j'ai pu céder. Il était insupportable, je testais mes limites...
Je me souviens d'avoir doubler tout le monde au Mc Do de Châtelet pour me prendre un verre d'eau pour accompagner le kébab trop salé qu'il m'avait "obligé" à prendre avec lui, en manquant de me faire écraser par la première bagnole passant par là. Je crois bien l'avoir détesté cette soirée là. Et malgré ça, on continuait de se voir.
Il y a eu le soir de la fête de la musique, aussi, où on s'était fait prendre par un contrôleur en civil et il me semble qu'il avait eu une réflexion intéressante sur la façon dont j'avais contourné la prune. Dans l'analyse, toujours, "ils sont tous prêts à l'embrasement" à propos des gens faisant la Ola au RER venant d'arriver, toujours à commenter, sans participer. Plus ou moins à l'écart tout le temps.
Dans ses réflexions... Il avait l'air tellement déprimé que j'avais décidé de rester avec lui pour le raccompagner "pourquoi ?" " - t'as l'air trop Mal" - "On parle pas de la même personne :) " comme quoi, je le calculais vraiment mal.
Il avait essayé de se rapprocher (physiquement) de M., une fois, sans me l'admettre. Il l'avait déçue en remballant son amie E. qui le considérait (un peu prématurément je pense) comme un ami, ce qui n'était absolument pas réciproque (fait qui l'avait quelque peu vexée). De façon générale il n'y allait pas par 4 chemins, tout était balancé brut de décoffrage et avec lui, au moins, on savait à peu près à quoi s'en tenir.
Il était assez disponible, on a dû se faire pas mal de soirées/sorties ensemble mine de rien.
Parmi ces nuits à dormir tous ensemble chez les uns ou les autres, il s'était moqué de ma gêne, sur une vidéo que Joe avait prise de moi en train de bouffer "c'est au moment où j'm'apprête à lécher ça, ça va pas non!", tout comme une fois dans le couloir de chez moi où j'avais préféré m'éloigner pour boire à la bouteille. Il avait le foutage de gueule facile.
J'avais essayé un jeu dont je ne me souviens plus le nom, chez lui, ma nullité lui permettait de découvrir de nouvelles cinématiques, il était sceptique sur mon appréciation du jeu, que j'avais trouvé bien sans +, alors que selon lui j'avais trop aimé.
C'était bizarre cette perception altérée.
Bizarre aussi cette façon de ne jamais se souvenir des choses qui me paraissaient primordiales dans sa quête de mieux se connaître..
Comme cette fois où j'avais encore imaginer le pire en lui (dans une affaire impliquant le renversement volontaire d'une carafe d'eau je crois bien) et où il avait crié ce "MAIS POUR QUI TU ME PRENDS ?!", celui qu'on sort à bout de souffle, en s'insurgeant. J'en avais reparlé quelques temps après, il avait oublié...
Ca reste quand même le gars qui a failli me tuer.
Lors de cette séance d'escalade, où je n'aurais jamais dû commencer à grimper sans avoir vérifié l'assurage. Je ne sais toujours pas d'où m'est venue cette détermination à m'arrêter avant le sommet, à penser "tiens, j'vais stopper là et lui montrer en détails comment j'évolue sur la voie, pour lui apprendre". Il s'était étonné que je ne l'insulte pas, il était allé me chercher de la glace, m'avait aidé à conduire et proposé de me repayer la séance (entretemps son père l'avait engueulé de ne pas être à la maison pour le repas du soir et il l'avait violemment envoyé chier, ça m'avait marqué). J'avais trouvé qu'il avait bien réagi, j'étais assez contente de faire partie de sa vie à l'époque, malgré ce faux drame.
La nuit du 14 juillet (tout comme la veille), j'étais en manque total, j'l'ai plus ou moins (plutôt plus que moins) tanné de me prendre la main durant toute la marche anglaise vers le lieu du feu d'artifice et revenus à l'appart, il m'a dit qu'il avait plutôt résisté qu'autre chose, ce que j'avais interprêté comme du "je suis partant", nuit passée dans ses bras à le trouver plus tendre que Manu, j'avais pas prévu qu'il m'embrasse quand j'ai relevé la tête au moment où il caressait mon cou, bien qu'avec le recul, c'eut été prévisible, bref, l'important n'est pas là, mais dans sa réaction : tendu et préoccupé, il avait coupé court et était parti se fumer une clope. Une fois revenu, c'était reparti pour un tour de langue (trop rapide), il s'étonnait de la sagesse dont il faisait preuve, (c'est vrai qu'y a pas eu de glissement de mains, heureusement car moi non plus, j'étais pas du tout dans cette optique).
Je crois que c'est la première fois que je lui ai trouvé un semblant d'attitude éthique (c'est fou).
Et il a passé une formation, s'est mis à gagner sa vie, s'est lancé dans la drague. Beaucoup de changements, pas que vestimentaires, cette démarche interrogative, d'analyse de soi, était plaisante à suivre, même de loin. Et on s'est éloignés, de plus en plus, jusqu'à ce que je ramène mes basques sur ses plates-bandes, en faisant une bourde, puis deux, puis en l'énervant carrément, j'ai pas insisté et peu de temps après, il arrêtait son journal, tant pis.
Je lui ai envoyé un texto, un jour dans le train en allant bosser, je me souvenais de sa réaction quand j'en avais eu pour 2 mois d'arrêt maladie après ma blessure au genou "de toutes façons tu faisais rien cette année non?", tellement à la masse, n'en ayant rien à faire et considérant que je glandais ou que sais-je encore de rabaissant alors que j'accomplissais mon Service Civil Volontaire, chose utile et valorisante, où je m'épanouissais vraiment.
Ca faisait déjà un bail qu'on se donnait plus de nouvelles et j'avais envie de tâter le terrain. D'une façon ou d'un autre, j'étais amenée à en dire + sur mes activités professionnelles qui, concernant le domaine du nucléaire se voulaient d'être tenues secrètes.
Qu'il s'imagine encore la plus basse et inintéressante des éventualités d'interprétation de mes messages m'avait calmé : ce mec ne perçoit de moi qu'une infime et piètre partie.
Puis est venu le rendez-vous, celui où, cette fois, on a composé de la musique Tous Ensemble, et cette fois encore je n'ai pas su revenir seule, il m'a fallu un mois d'hosto et de bons sédatifs pour redescendre.
Il a répondu au message d'Olivier, succintement mais suffisamment.
J'aime bien qu'on m'embrasse, même par i-phone interposé.
Depuis de la politesse, ni plus ni moins.
J'aimerais reprendre, je crois, mais je ne sais pas bien par où, ni comment.
Ce portrait pas très explicite, peut-être trop long et un peu chiant à lire sera mon début.